« Les femmes artistes disparaissent progressivement du métier après la sortie de l’école »

Aline César, présidente H/F Île-de-France (Ariane Mestre)

Le constat est sans appel. Alors que les étudiantes du spectacle vivant sont plus nombreuses que les étudiants selon l’Observatoire 2016 de l’égalité entre hommes et femmes dans la culture et la communication, le milieu demeure très majoritairement masculin lorsqu’il s’agit d’occuper des postes à responsabilité, aussi bien sur le plan artistique qu’en termes de production.

La SACD dans sa brochure 2012-2017 « Où sont les femmes, toujours pas là », recensait 1% de compositrices, 27% de metteuses en scène et 37% de chorégraphes. Du côté de la direction, le bilan n’est guère plus concluant avec 11% de directrices de Maisons d’Opéra, 28% de directrices de scènes nationales et aucune femme à la tête de théâtres nationaux depuis 2014.

Pour lutter contre cette progressive « évaporation » des femmes dans la culture, le mouvement H/F – pour l’égalité femme/homme dans l’art et la culture – se mobilise et attaque le problème à la racine. Si les femmes disparaissent une fois entrées dans la vie professionnelle, les écoles et universités ont, elles aussi, un rôle à jouer. Une enquête a été rendue publique fin 2016 pour étudier les trajectoires professionnelles des artistes femmes en art dramatique. Le mouvement mène également des actions de sensibilisation dans les écoles, auprès des étudiants et des équipes pédagogiques. Entretien avec Aline César, autrice, metteuse en scène et présidente d’H/F Île-de-France. 

(infographie : SACD, brochure Où sont les femmes ? Bilan 2012 – 2017)

Comment expliquer la « disparition » des femmes dans le spectacle vivant, alors qu’elles sont plus nombreuses que les hommes à faire des études artistiques ? Il y a-t-il un phénomène d’autocensure lors des études ?

Je n’aime pas trop parler d’autocensure car on a la sensation que c’est la faute des filles. Je ne crois pas que ce soit le cas pour le spectacle vivant, du moins à l’école. Je vois plein de filles qui se lancent dans la direction artistique, le portage de projet… Elles ont autant de culot, d’envie et de courage que les garçons. L’école est un cocon, et on n’est pas encore dans ces problématiques-là.

Cependant, il y a un premier écrémage des talents féminins lors des concours d’entrée dans les écoles supérieures. Dans le cas du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris (CNSAD), 2/3 des candidats sont des femmes alors que le recrutement est strictement paritaire.
Mais c’est au moment de l’entrée dans le métier que les divergences vont apparaitre et que des barrières se mettent en place.

Quelles sont les causes de ces divergences de carrière?

Dans le cadre de notre enquête sur les trajectoires professionnelles des artistes femmes en art dramatique, l’anthropologue Raphaëlle Doyon a mis au jour un double phénomène d’évaporation des femmes. Elle a interrogé des diplômés à la sortie de l’école, puis cinq ans après, puis au moment de la confirmation professionnelle, dix ans après.

Elle a constaté que les femmes metteuses en scène, autrices, dramaturges ou comédiennes disparaissent petit à petit ou ne réussissent pas leur entrée dans le métier ou vont plus facilement se reconvertir. La majorité des sortants de l’intermittence sont plutôt des femmes. Dans le cas des comédiennes, c’est lorsque les dispositifs d’insertion professionnelle des écoles prennent fin qu’on constate une différence flagrante. Elles ont moins de projets, moins de rôles et moins de réseau que les hommes.

Passé 35 ans, c’est la plus forte évaporation. A ces âges, se posent bien évidemment les questions de la concurrence accrue, de la précarité, de la conciliation avec la vie de famille… Et les femmes en pâtissent davantage que les hommes. Elles sont moins dans les réseaux, car elles ont moins intégré que les hommes qu’il faut sociabiliser et se constituer un carnet d’adresse.

(infographie : SACD, brochure Où sont les femmes ? Bilan 2012 – 2017)

Quel rôle joue l’école dans ces parcours opposés entre hommes et femmes ? Les jeunes femmes souffrent-elles de préjugés ou de stéréotypes de genre lors de leurs formations artistiques ?

A travers l’enquête de Raphaelle Doyon, on constate que, dans le cas des écoles où l’on apprend l’art du jeu et de la mise en scène, il y a des assignations liées au stéréotype de genre pour les comédiennes dès le temps de la formation. La question de « l’emploi » est encore très présente en France. Le comédien ou la comédienne est soumis à cette espèce d’impératif sur ce que l’on s’imagine du rôle en terme d’âge, de physique, de corpulence. Une jeune fille un peu ronde ne jouera pas Célimène dans le Misanthrope. Elle jouera la veuve Arsinoé. Cette assignation est encore plus complexe pour les jeunes femmes de couleur. Et certains professeurs ont toujours une vision très stéréotypée.

Ensuite, l’écriture même des textes classiques a une influence pour former les actrices. Il y a moins de rôles pour les femmes, moins de possibilités. Dans le cas de Shakespeare, on recense 90 rôles féminins pour 500 rôles au total. Le recrutement des étudiants est souvent paritaire dans les écoles de théâtre pour répondre à cet impératif de répertoire. Comme le dit une personne interrogée dans l’enquête : « Il faut bien un Titus pour répondre à Bérénice !» 

Nous avons beaucoup parlé de théâtre, qu’en est-il des autres domaines du spectacle vivant ?

Dans le cas des musiques savantes, c’est un secteur catastrophique pour les femmes : 1% de compositrices et 5% de chefs d’orchestre. Il y a un énorme écart dans la pratique amateure, où les filles sont plus nombreuses, et la disparition dans le secteur professionnel. Idem pour la danse et le secteur chorégraphique. Plus on monte en visibilité et en responsabilité, plus les femmes disparaissent.

Peut-être que les jeunes femmes manquent de modèles de réussite féminine. Il n’y a pas encore de point d’entrée visible dans ces métiers. Mais les musiques savantes comme la danse sont encadrées par des diplômes, qui permettent aux femmes d’acquérir leur légitimité.

Du côté des musiques actuelles, qui ne sont pas validées par un diplômé à l’exception du jazz, le constat en encore plus terrible pour les femmes. C’est un domaine où le sexisme est omniprésent, où il faut s’auto-valider pour se lancer et bénéficier d’une cooptation souvent masculine. Les lieux de socialisation sont masculins et nocturnes, ce qui est peu sécurisant pour les jeunes femmes. On nous a rapporté des cas de harcèlement sexuel et d’agression de musiciennes dans les festivals. Il y a un vrai travail à faire, à tous les niveaux.

(infographie : SACD, brochure Où sont les femmes ? Bilan 2012 – 2017)

Face à ces constats, quel est le rôle de l’école pour changer les choses ?


Le chemin est encore long mais l’endroit essentiel est de sensibiliser les étudiants et les équipes pédagogiques. H/F intervient dans les universités et les écoles et a vocation à davantage intervenir encore.

Les jeunes hommes ne doivent pas non plus être exclus de ces problématiques, elles ne sont en aucun cas unisexes. Il faut qu’ils prennent conscience que s’ils ne se retrouvent qu’entre mecs à l’arrivée alors que les classes étaient mixtes au départ, ce n’est pas parce que leurs copines n’ont pas envie de créer ou de jouer. Pour le moment, les réactions que nous avons dans les écoles sont très intéressées et bienveillantes.

Certaines écoles essaient également de faire bouger les choses. Nous parlions de répertoire et d’emploi dans le théâtre tout à l’heure. L’École Supérieure d’Art Dramatique de Paris essaie de se libérer de cette contrainte et articule sa formation autour de « l’acteur créateur » et de nouveaux répertoires contemporains, ce qui offre davantage de possibilités aux jeunes comédiennes.

Il y a aussi un travail à faire sur la langue au sein des enseignements. Si l’on dit « autrice » ou « metteuse en scène », cela permet de faire exister les femmes au sein même de la langue française et de donner aux jeunes filles artistes leur légitimité.

Etudiants : 4 idées pour financer votre projet artistique

Financement participatif, universités, CROUS, mécénat… Il existe de nombreuses façons de financer votre projet étudiant.

Vous êtes étudiant et vous avez besoin d’argent pour racheter un nouvel ampli pour votre groupe de musique ou louer des salles de répétition pour votre compagnie de danse ? Voici quelques pistes pour vous permettre de financer votre projet et le professionnaliser.

Attention, pour obtenir la plupart de ces financements, il faut être constitué en association loi 1901. Et, première astuce pour les parisiens, la Mairie de Paris offre 500 euros et un accompagnement personnalisé à toute nouvelle association étudiante grâce à son « kit-à-se-lancer ! ».

1. Faire appel aux universités

Les universités seront vos meilleures alliées pour accompagner et soutenir votre projet artistique. Les Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes (FSDIE) permettent de soutenir financièrement des projets étudiants, personnels ou associatifs.

Il suffit de prendre contact avec le Bureau de la Vie Étudiante (BVE) pour retirer un dossier et présenter votre projet. Être soutenu par le FSDIE permet également d’inscrire l’université comme votre partenaire officiel, gage de sérieux et de motivation !

Au sein des universités, il vous est également possible d’organiser des ventes de gâteaux, des ateliers artistiques ou même des soirées qui vous serviront à lever des fonds.

2. Solliciter les CROUS


Le dispositif Culture actions du CROUS permet de financer des projets artistiques étudiants tout au long de l’année. Le CROUS organise également chaque année des concours nationaux destinés aux jeunes artistes. Cette année, le thème est « Sauvage » et la plupart des concours sont encore ouverts aux candidatures. A bon entendeur… 

Du côté du spectacle vivant, trois concours sont à l’affiche : « danse avec ton Crous », « le concours national de théâtre étudiant » et « Musique de R. U. ». Les compagnies lauréates reçoivent jusqu’à 2 000 euros de prix.

3. Oser le mécénat et les concours

Si vous êtes une association à but non-lucratif vous pouvez faire des demandes de mécénat auprès de fondations, d’entreprises et de particuliers. Il vous faut pour cela vous armer de persévérance et constituer un solide dossier présentant votre oeuvre future. Lorsqu’il s’agit d’une entreprise, vos mécènes peuvent obtenir des réductions d’impôts à hauteur de 60% du don. Un argument qui peut peser dans la balance au moment des négociations ! N’hésitez-pas à contacter des petites entreprises : don de matériel, impression de tracts et d’affiches, apports financiers, costumes… Il existe de multiples façons d’être mécène !

La Fondation de France et la bourse Déclic Jeunes financent également chaque année des projets artistiques tandis que le concours Coup2Boost récompense des étudiants ayant su mobiliser leur campus autour d’un projet commun.

4. Penser au financement participatif

Enfin, si vous êtes entouré de proches généreux, vous pouvez songer au financement participatif ou « crowdfunding » pour financer votre projet. Ulule ou KissKiss BankBank vous proposent ainsi de déposer votre cagnotte en ligne. La plateforme Pro-Arti se dédie plus particulièrement à l’accompagnement des projets artistiques et culturels.

Un conseil : relayez massivement votre crownfunding sur les réseaux sociaux et pensez à allouer des contreparties pour chaque don : dédicacer votre premier EP, envoi d’affiches, offrir une place pour votre spectacle… Cela peut tenter vos donateurs potentiels !

Concours de théâtre : les conseils de la directrice du Conservatoire de Paris

Claire Lasne-Darcueil à la tête du CNSAD depuis 2013 ( Photo : Frédéric Pickering)

Ils sont 1331 candidats inscrits au premier tour du concours du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique (CNSAD) de Paris. Ils ne seront que trente, quinze garçons et quinze filles, à voir leurs noms affichés sur la liste des admis à l’issue de trois épreuves éliminatoires.

La saison des concours a débuté pour les jeunes comédiens souhaitant intégrer des écoles supérieures d’art dramatique (lire notre billet de blog « Tout savoir sur les écoles supérieures d’art dramatique »). Cette année, le premier tour du CNSAD – l’établissement qui attire le plus grand nombre de candidats – se déroulera du 5 au 17 mars.

Pour départager ces postulants âgés de 18 à 25 ans, un exercice imposé : la scène de concours. Au Conservatoire de Paris, elle ne dure jamais plus de trois minutes, au risque de se voir imposer un implacable « merci » en cas de dépassement du chronomètre.

Trente candidats par jour 

Quatre scènes sont à préparer pour le premier tour : une classique, une contemporaine, une en alexandrins et enfin un parcours libre, expression des talents du candidat. Claire Lasne-Darcueil, directrice du Conservatoire depuis 2013, a imposé une règle simple. Le candidat a le choix de la première scène qu’il souhaite passer durant l’épreuve, « ce qui lui permet de bien se concentrer », détaillait la directrice lorsque nous l’avions rencontrée l’année passée. « Le jury demande ensuite à écouter une à trois scènes supplémentaires ou pose quelques questions au candidat sur son envie d’entrer à l’école ».

Ce jury, composé de cinq professionnels du monde du spectacle, voit défiler trente personnes par jour. Trente candidats accrochés au même rêve, présentant en cent quatre-vingt secondes le fruit de plusieurs mois, parfois même d’années, de travail acharné. « Nous avons le devoir de rester frais et ouverts à toutes les propositions » affirme Claire Lasne-Darcueil. Nous votons ensuite pour les candidats admis au deuxième tour. D’ailleurs, nous sommes en général assez unanimes sur les gens que nous souhaitons revoir. Il y a des évidences

Savoir « être au présent »

Ce qui est déterminant pour le jury, selon Claire Lasne-Darcueil, ce n’est pas tant le niveau technique que la capacité à être « au présent ».

« Tout se se passe dans l’instant. Tout d’un coup, on ne voit plus quelqu’un qui fait du théâtre mais on est face à quelqu’un qui est tout simplement là. »

Un fragile équilibre entre présence scénique et gestion du stress qui induit bien évidemment des rendez-vous manqués entre les acteurs en herbe et leurs auditeurs : « Les concours sont arbitraires, il suffit de voir le nombre de candidats pour le nombre d’admis. Et il y a des gens formidables qui ratent parce qu’ils ne sont pas vraiment là au moment de leur passage. Ce qui ne remet en aucun cas en question leur potentiel ou leur valeur. » 

Concernant le choix des scènes de concours, Claire Lasne-Darcueil n’a pas de préconisations particulières mais elle apprécie lorsque les jeunes comédiens lui font « découvrir des textes ou des auteurs » : « Des scènes trop passées par les candidats peuvent appauvrir l’écoute du jury. L’année dernière, on a entendu beaucoup de Wajdi Mouawad ou de Falk Richter. »  A bon entendeur… Mais, « il n’y a pas de recette » ajoute prestement Claire Lasne-Darcueil.

Changer la place des femmes sur scène

La directrice du CNSAD a néanmoins formulé une doléance, il y a deux ans de cela, lors d’une rencontre au Théâtre de la Colline questionnant les représentations de la femme sur scène.

« J’avais remarqué qu’en concours, les jeunes filles jouaient des scènes de viol, d’agression, de dégradation. Des situations caractéristiques du répertoire classique, écrit par des hommes, où la femme est malheureusement souvent montrée comme victime. C’était un spectacle assez inquiétant. »

Et Claire Lasne-Darcueil a été entendue : « en une année, ça a changé du tout au tout, c’est tout juste si les candidates ne mettaient pas des beignes à leurs partenaires ! Plus sérieusement, elles m’ont prise au mot de façon fine et humoristique. D’ailleurs, montrer la femme comme drôle, ça c’est quelque chose qui est moins habituel ! »

Enfin, lorsqu’il s’agit de donner des conseils aux candidats qui se présenteront 2 bis rue du conservatoire dans moins d’un mois, Claire Lasne-Darcueil met l’accent sur l’envie et le travail. « Je crois que quand on a un désir profond, il faut se sentir légitime, assure t-elle. On est légitimé par la force de son désir et par son travail, c’est le meilleur cocktail. » 

« Repousser les limites » avec les jeunes comédiens de la classe égalité des chances de la MC93

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Les élèves de la Master Class 93 en pleine séance de travail à Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen (Photo : Agathe Charnet)

Au début, Francis Tambwa ne pensait pas être pris. Pour conjurer le stress, il était allé « détente » au Conservatoire de Bobigny : survêtement Adidas rouge vif et quelques idées d’improvisations en tête. Pourtant, à la fin de la journée d’auditions, Francis Tambwa, 20 ans, a été accepté au sein de la deuxième promotion de la Master Class 93, la classe « égalité des chances » de la Maison de la culture de Seine-Saint-Denis Bobigny (MC93). Il ne revient toujours pas de cette « opportunité incroyable » : se retrouver parmi onze autres apprentis comédiens, embarqués pour une année d’ateliers et de préparation gratuite aux concours des écoles supérieures d’art dramatique.

« Je t’attendais »

Francis Tambwa se souvient parfaitement du moment où le théâtre est entré dans sa vie. En seconde, au lycée Louise Michel, à Bobigny. Il était allé voir la représentation des terminales et des premières. Menés par « Madame Vlavianou : la prof de littérature metteuse en scène et écrivain », les terminales et les premières jouaient du Victor Hugo. Un choc. Quand la représentation s’est achevée, Francis Tambwa est allé droit sur Madame Vlavianou.

« Je lui ai dit : je veux faire ça ». Elle a longtemps soutenu son regard. « Il s’est passé quelque chose de très fort, on ne se connaissait pas du tout, mais je n’oublierai jamais ce qu’elle m’a répondu ». « Je t’attendais » a dit Ismini Vlavianou.

Depuis, Francis Tambwa n’a plus lâché. Il a joué « l’avare dans l’Avare », sous la direction, bien évidemment, de Madame Vlavianou. Son bac littéraire en poche – option théâtre – il a rejoint « l’atelier des anciens », association créée par des vétérans du lycée Louise Michel. Sous leurs conseils, il s’est décidé « à tenter la Master Class 93 ».

Aujourd’hui, aux côtés de Charly, Malika et les autres, il se prépare à passer les concours du « CFA des comédiens » à Asnières-Sur-Seine ou de l’École régionale d’acteurs de Cannes. Il s’agit de répéter inlassablement « les scènes de concours», figures imposées de trois minutes et reflets du potentiel des candidats. Francis a choisi la scène d’ouverture d’Alceste dans le Misanthrope :

« Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher ».

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Dirigés par Robert Cantarella et Nicolas Maury, les étudiants suivent au mois de janvier une Master Class autour de Victor Hugo ( Photo : Agathe Charnet)

Se battre, travailler dur, y arriver 

Marie Mahé, pour sa part, s’empare d’un texte du dramaturge ivoirien Koffi Kwahulé pour son audition au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, au mois de mars. Et puis de Médée, de Corneille. « Comme ça, je montre plusieurs facettes de ma personnalité, explique cette jeune comédienne de 22 ans.

Marie Mahé a fait les cours Simon à Paris avant de découvrir la Master Class 93 « sur internet». « Les concours c’est tellement cher, soupire Marie Mahé. Rien que l’inscription aux auditions de la Classe Libre du cours Florent c’est 80 euros ! ». Sans parler de ceux qui font appel à des professeurs particuliers pour peaufiner leurs scènes.

La MC93 a trouvé la parade et prend en charge la plupart des frais déboursés par les étudiants de la Master Class. En parallèle à la prépa concours, plusieurs ateliers sont également proposés tout au long de l’année sous la direction de metteurs en scène professionnels.

Une formule qui fait mouche, l’année dernière cinq élèves de la Master Class ont intégré des grandes écoles. Une immense fierté pour Marie Mahé : 

« Quand on voit les anciens, on se dit qu’il y a une justice, que si on se bat et qu’on travaille dur, on y arrive. Avant je pensais que je ne pouvais pas m’insérer : je n’avais plus de sous, je connaissais personne, je ne savais pas à quelle porte frapper. En fait, je ne savais même pas qu’il y en avait, des portes ! Avec la MC 93, on nous donne les armes pour repousser les limites. »

Egalité des chances 

La question de l’égalité des chances, Marie Mahé et Francis Tambwa y ont beaucoup réfléchi. « Vu l’étendue du déséquilibre, explique Marie Mahé, il faut en passer par là pour rééquilibrer la balance ». Francis Tambwa ajoute :

« La diversité ce n’est pas qu’une question de couleur de peau ou d’argent. C’est donner une chance à tout le monde. Il y a des gens qui ont les moyens mais qui ne savent pas que tout ça existe. 

Moi, grâce au théâtre, je me suis complètement ouvert à la culture. Devenir acteur n’est pas un choix facile, mes parents ne savent pas que je suis à la prépa. Mais à la MC93, on nous donne l’opportunité d’intégrer le milieu du théâtre au plus haut niveau et c’est une passerelle vers d’autres milieux auxquels on n’avait pas accès ».

Avec de jeunes amis artistes, Francis Tambwa a d’ailleurs fondé FAMVK events, une association qui promeut la culture et la pratique artiste auprès des jeunes de Bobigny. Une façon de transmettre à son tour ce qui lui a été donné : 

« Quand je suis arrivé au Conservatoire de Bobigny, je me suis rendu compte qu’on était que trois noirs à se présenter aux auditions. Les autres candidats ne ressemblaient pas aux gens qu’on voit dans la rue, ici. Avec l’association, on essaie, à notre niveau, de faire bouger les choses ».  

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Les étudiants de la Master Class 93 travaillent sous la direction de Robert Cantarella et Nicolas Maury (Photo : Agathe Charnet)

Pour connaître les dates et les modalités des concours, lire notre billet de blog : tout savoir sur les écoles supérieures d’art dramatique

Solange Te Parle : « YouTube est un grand déclencheur de possibles »

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Ina Mihalache alias Solange Te Parle (capture écran YouTube)

Quelles trajectoires le virtuel offre t-il aux jeunes artistes ? Passée par la classe libre du Cours Florent, Ina Mihalache s’est longtemps destinée à la scène. Puis, le parcours de la jeune comédienne a rencontré YouTube et elle est devenue Solange Te Parle. Elle murmure sur sa chaîne YouTube depuis plus de cinq ans de courts poèmes mis en images, réflexions percutantes et solitaires sur la féminité ou la mélancolie. Aujourd’hui étudiante au Studio national d’arts contemporains Le Fresnoy, Ina Mihalache raconte comment les réseaux sociaux lui ont permis d’inventer un parcours qui ne ressemble qu’à elle.

Quel a été votre parcours en tant qu’étudiante ?
J’ai commencé mes études au Canada, puisque je suis québécoise. J’ai d’abord fait l’équivalent d’une prépa d’art visuel puis j’ai commencé une année d’histoire de l’art à l’Université de Montréal que j’ai abandonnée après un trimestre. Je suis venue en France et j’ai intégré la classe libre du Cours Florent en tant qu’élève comédienne. Au cours de cette période, j’ai tenté le concours du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris. J’ai échoué quatre fois. Je me suis alors reconvertie comme technicienne pour la télévision. J’ai commencé à tourner des vidéos d’art jusqu’à découvrir YouTube et créer le personnage de Solange en 2011 avec lequel je m’exprime depuis.

Qu’est-ce que YouTube a changé dans votre vie artistique ?
YouTube est un grand déclencheur de possibles ! Il permet de gagner de l’indépendance et de l’autonomie. Lorsque j’étais au Cours Florent, j’étais terrifiée à l’idée de chercher un agent, de passer des castings, ce que les autres semblaient faire de bon cœur. Je me sentais submergée : nous étions trop nombreux et il n’y avait pas de place pour tous. Je n’avais pas les épaules pour affronter tout cela.
J’ai eu besoin de créer une vitrine virtuelle, que YouTube devienne un endroit de diffusion qui corresponde à ma solitude et à ma façon d’être. Ça m’a permis d’affirmer mon désir, je me suis sentie plus forte et enfin indépendante en tant qu’artiste.

Grâce à YouTube vous avez publié un livre [le deuxième Très intime (Payot) paraît le 1er février], réalisé un film, totalisez près de 250 000 abonnés… Pourquoi reprendre des études au Fresnoy ? 

J’ai eu besoin de sortir de ma zone de confort, de quitter Paris pour entamer un autre type de travail, me remettre en question. C’est vrai que, grâce à YouTube, j’ai acquis un réseau et une certaine forme de notoriété. Mais je crois surtout que j’ai besoin de prendre ces deux ans au Fresnoy pour travailler sur de nouveaux projets et m’ouvrir au monde de l’art contemporain.

« Il y a beaucoup de méfiance, on pense souvent que YouTube est un lieu forcément frivole. »

Il y a une certaine forme de mépris qui encercle encore YouTube et les réseaux sociaux. Lorsque j’ai déposé ma candidature au Fresnoy, je me suis dit : « ça passe ou ça casse ». J’avais peur d’être trop mainstream. Comme si on ne pouvait pas envisager ces carrières alors qu’elles sont aussi sérieuses que précaires. Qui sait ce que sera YouTube dans quelques années, si nous continuerons d’exister ? C’est déstabilisant et vertigineux.

Très peu d’artistes s’emparent des réseaux sociaux et, quand ils le font, leur contenu n’est pas forcément mis en valeur par les algorithmes. Il y a beaucoup de méfiance, on pense souvent que YouTube est un lieu forcément frivole. Au fond, en tant qu’artiste, j’ai juste utilisé les outils de mon époque.

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Quels conseils donneriez-vous à un jeune artiste qui souhaite utiliser les réseaux sociaux ?
Il faut chercher en quoi ce qu’on a dire est singulier et trouver des dispositifs originaux pour susciter la curiosité. Il s’agit de se rendre indispensable, d’offrir quelque chose d’unique, quelque chose qui fait du bien et que l’on a envie de partager. Car les réseaux sont avant tout une arborescence qui font que les gens partagent ce qu’ils aiment, ce qu’ils ont envie de le faire découvrir à leurs amis.

Il faut essayer de produire quelque chose de bon, de généreux, qui fait du bien, en étant dans la plus grande sincérité. C’est un travail de fourmi et un travail que l’on mène en solitaire, mais c’est aussi très gratifiant, avec de très beaux retours. 

Elisabeth Platel de l’Opéra national de Paris : « nos élèves ont un rêve d’enfant »

Elisabeth Platel entourée de ses élèves (DAVID ELOFER/OPERA NATIONAL DE PARIS)
Elisabeth Platel, entourée de ses élèves (DAVID ELOFER/OPERA NATIONAL DE PARIS)

Chaque année depuis 1977, au début du mois de décembre, les pirouettes des « petits rats » envahissent l’Opéra Garnier à Paris. Les élèves et professeurs de l’École de danse de l’Opéra national de Paris quittent leur campus de Nanterre pour présenter sous le plafond de Chagall les savoirs et techniques acquis au cours du premier semestre. L’occasion de nous entretenir avec l’étoile Elisabeth Platel, à la tête de l’Ecole de Danse depuis 2004, sur les enjeux de la formation de ces 150 jeunes danseurs.

Que représentent les Démonstrations pour les élèves de l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris?

C’est une étape importante. C’est la première réalisation scénique de l’année et c’est pour nous le moment de dresser un bilan des quatre premiers mois de travail. Le travail en studio à l’Ecole – qui est un travail de construction et de longue haleine – prend toute sa valeur lorsqu’il est effectué sur scène. Les élèves doivent faire avec les lumières, le trac, la pente [le sol du Palais Garnier est légèrement incliné NDR]. Contrairement à la classe, où ils sont habitués à faire et refaire, ils n’exécutent qu’une seule fois le mouvement, ils n’ont plus le droit à l’erreur.

Les danseuses de sixième division sur la scène du Palais Garnier en décembre 2016 (SVETLANA LOBOFF/OPERA NATIONAL DE PARIS)

Les élèves de 5ème et 6ème division sur la scène du Palais Garnier (SVETLANA LOBOFF/OPERA NATIONAL DE PARIS)

Cela va aussi nous permettre de voir si l’enfant va être transcendé par la scène ou, au contraire, s’il va être totalement tétanisé. Les Démonstrations sont donc une sorte de thermomètre, mais rien n’est jamais acquis ou établi définitivement. C’est une étape et on ne fait que passer des étapes dans notre métier.

Justement, la vie d’un danseur semble jalonnée de concours: l’entrée à l’Ecole de Danse, le recrutement dans le corps de Ballet, le concours interne tous les ans pour monter en grade dans la compagnie…Comment préparez-vous vos jeunes élèves à les affronter ?

La vie de danseur n’est pas une vie de concours. Car à l’instant où l’on se dit que c’est un concours, on accepte d’être jugé par quelqu’un d’autre. Or, le plus important c’est de se connaître soi-même. Les danseurs sont des conquérants de l’inutile dans le bon sens du terme. On va à la recherche de notre perfection, qui est elle-même impossible à atteindre.

« Les danseurs sont des conquérants de l’inutile »

Pour ce qui d’y préparer nos élèves… Et bien, ils nous voient ! On leur parle de nous et on leur explique que, même en tant que professeur, on va constamment se remettre en question. On les renforce aussi au niveau technique : plus ils sont forts et plus ils deviennent autonomes.

Vous savez, on est face à des enfants en pleine croissance, en pleine évolution à la fois physique et psychologique. Ils ont un rêve d’enfant, et l’enjeu, à l’école, c’est de savoir s’ils vont garder ce rêve. A quatorze ou quinze ans, certains s’aperçoivent que la réalité n’est pas forcément drôle, qu’être danseur ce n’est pas juste avoir une couronne et un tutu. 

Vous parliez de la technique, qu’est-ce qui caractérise l’enseignement que reçoivent vos élèves ?

Je pense que c’est ce fameux mot, le style. Nous, les danseurs français, sommes à la fois cartésiens et latins. C’est un certain raffinement, une clarté, une technique très ciselée… Les Démonstrations sont aussi en cela une vitrine de notre enseignement. Nous maintenons nos traditions par des exercices anciens, comme les gammes pour un musicien. Et ce sont des exercices que nous avons nous-même pratiqués. Car tous les professeurs sont passés à un moment où un autre par l’Ecole de danse et ont intégré la compagnie de l’Opéra de Paris. Même si nous avons des âges différents, nous sommes de la même famille artistique.

A l’Opéra national de Paris, les petits rats cultivent le style français (SVETLANA LOBOFF/OPERA NATIONAL DE PARIS)

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Classe de première division de Jacques Namont en représentation au Palais Garnier (SVETLANA LOBOFF/OPERA NATIONAL DE PARIS)

Et comment l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris, héritière des traditions que vous décrivez, se positionne face à la globalisation des échanges artistiques ?

Il arrive souvent que des élèves viennent de l’étranger, qu’ils aient commencé leur formation dans d’autres pays. Nous leur expliquons que ce qu’ils y ont appris est très bien, mais qu’il va falloir désormais travailler de façon légèrement différente.

Au mois d’avril, nous organisons de nouveau à l’Opéra de Paris « Le Gala des écoles de danse du XXIème siècle » avec des écoles américaines, canadiennes, danoises, anglaises… Tous ont leurs particularités et ce sont des échanges très intéressants. Nous faisons face à cette mondialisation de l’art, à cette mondialisation des enseignements, à YouTube qui nous permet de visionner des milliers de films auxquels nous n’avions pas accès à mon époque. Nous en avons discuté entre directeurs d’école et nous nous sommes dit que si cette connaissance mutuelle est nécessaire, le plus important c’est que chacun « garde son accent ». On a tous notre identité.

Est-ce que l’utilisation de la vidéo, via YouTube par exemple, peut transformer l’apprentissage des jeunes danseurs de l’Ecole, pour mémoriser les variations par exemple ?

A l’Ecole de Danse, nous cultivons énormément notre mémoire. Elle est à la fois sélective et elle transforme les choses. Un de mes professeurs  m’expliquait, par exemple, que la façon dont j’avais modifié un de ses exercices était la plus « vraie » puisque ça avait été ma manière de le recevoir puis de le transmettre à mon tour.

Les élèves de première division au Palais Garnier (SVETLANA LOBOFF/OPERA NATIONAL DE PARIS)

En classe, on peut demander à un élève de réviser une chorégraphie en regardant un film mais ce n’est pas la base de notre enseignement et ce n’est pas comme cela qu’un élève apprendra un ballet. Pour nous, la vidéo est un outil mais elle n’est en rien primordiale.

En effet, nous transmettons une mémoire vivante alors que la mémoire de l’image est plate, stérile. Un écran ne vous transmettra pas l’émotion alors qu’une rencontre avec un professeur vous donnera l’âme d’un pas ou d’une variation. Avec les films, on va seulement chercher à copier. Je suis beaucoup plus pour l’apprentissage par la sensation dans le corps. Car c’est ainsi qu’on devient libre.

Spectacle de l’Ecole de danse, du 31 mars au 4 avril 2017 au Palais Garnier, Gala des écoles de danse du XXIème siècle, le 07 avril 2017 au Palais Garnier. 

Au CNAC, les jeunes circassiens prennent leur envol

«Hier soir, j’ai réalisé que c’était fini la vie d’étudiant, et puis que la vie d’artiste, ça commence maintenant !». Adalberto Fernandez Torres a 25 ans, un accent chantant et les cheveux teints en blond tirant sur le blanc. Le contorsionniste originaire de l’île de Porto Rico, vient tout juste d’achever la première représentation de Vanavara, spectacle de sortie de la 28ème promotion du Centre National des Arts du Cirque (CNAC) à Châlons-en-Champagne.

Assis dans les gradins désormais vidés de leur public, faisant face à la piste où subsistent quelques accessoires épars, le jeune homme dresse le bilan de presque trois années de pratique intensive. «C’était mon rêve de venir dans une école de cirque, souligne celui qui a appris la contorsion à Porto Rico «en regardant des vidéos sur Internet» et qui a débarqué à Châlons sans parler un mot de français. Le voici donc à présent circassien accompli, gagnant ses premiers cachets et s’assurant le régime d’intermittent du spectacle à l’issue de la tournée de Vanavara.

Des élèves du monde entier

Une professionnalisation dès la sortie de l’école indispensable pour son directeur Gérard Fasoli. «Ce n’est pas dans une école qu’on devient professionnel, martèle le circassien qui fit aussi partie durant six année de l’équipe de France de Trampoline. Je les incite même à travailler à l’extérieur pendant qu’ils sont ici. S’ils sont repérés, ils peuvent partir».

A Châlons, échauffements avant la première (Agathe Charnet)

Il faut dire que les élèves sont loin d’arriver débutants au sein de ce cursus supérieur. Tous ont déjà choisi et confirmé leur spécialité avant de passer le très exigeant concours d’entrée. Sur environ 120 candidatures annuelles, Gérard Fasoli et son équipe en sélectionnent une quinzaine. La 28ème promotion du CNAC se compose donc de quinze jeunes artistes venus du Maroc, d’Argentine ou de Seine-Saint-Denis pratiquant une dizaine de spécialités, du cerceau au mât chinois en passant par le trapèze. Des arts qui induisent une grande maîtrise physique et un suivi médical régulier.

Place au collectif

L’acrobate Johan Caussin, 24 ans, s’est d’ailleurs cassé un orteil la veille de la première de Vanavara. «Oh, vous savez les orteils ça se casse comme du verre quand on fait du trampoline !, s’exclame l’artiste à l’oreille sertie d’une large boucle argentée et à la barbe taillée en collier. Peu déconcerté par ses blessures – il a aussi le ménisque cassé – Johan n’abandonnerait ses camarades pour rien au monde. «C’est le spectacle de sortie, ça fait trois mois qu’on répète, on connaît les enjeux, affirme le Provençal passé par l’École Nationale des Arts du Cirque de Rosny-sous-Bois qui dispense la première partie du cursus. «Même si on ne peut pas assurer toute la technique, on ne doit pas mettre en péril le collectif» ajoute t-il.

Après la tournée de Vanavara, en avril 2017, Johan rêve de créer et diriger «un collectif d’acrobates» avec des comparses venus de toutes les écoles de cirque françaises. Et il regorge de projets pour leur future troupe. «Un de mes souhaits serait d’aller jouer du cirque contemporain dans les zones rurales, explique Johan. Comme dans mon petit village de Provence où on voyait passer les petits cirques traditionnels…».

Les étudiants font leurs adieux au CNAC (Agathe Charnet)

De son côté, Adalberto Fernandez Torres aimerait aussi travailler en France et confronter ses deux disciplines de prédilection: la danse et le cirque. Des parcours et des carrières qui viendront se mêler à ceux des quelques 200 artistes sortis du CNAC en 30 ans. Au printemps 2017, les étudiants de la 28ème promotion feront ensemble leur dernier tour de piste avant de prendre leur envol.

Première du spectacle Vanavara à Châlon (Agathe Charnet)

VANAVARA mis en scène par Gaëtan Levêque / Collectif AOC sera en tournée au Parc de la Villette (Paris) du 18 janvier au 12 février, à Reims les 19 et 20 février, à Elbeuf du 17 au 19 mars, à Charleville-Mézières du 19 au 31 mars, à Boulazac du 12 au 14 avril 2017.

Avec  Théo Baroukh,, Nora Bouhlala Chacon,, Johan Caussin, Sébastien Davis-Van Gelder & Blanca Franco, Anahi De Las Cuevas, Adalberto Fernandez Torres, Clotaire Fouchereau, Löric Fouchereau & Peter Freeman, Nicolas Fraiseau, Camila Hernandez, Lucie Lastella-Guipet, Thomas Thanasi et Marlène Vogele.